Cinq titres pour un roman
Le titre du roman comme reflet de l'intrigue
Quand j’ai voulu nommer mon livre, j’ai très vite réalisé que titre, intrigue et positionnement étaient intimement liés.
Rien de pire que d’être incapable de nommer ou pitcher ton livre quand on te pose la question.
Quand j’ai commencé à écrire mon roman, je me suis très vite posé la question du titre :
Parce que cela faisait partie des devoirs à rendre dans ma formation d’un an.
Parce qu’il fallait bien nommer le machin pour créer un projet Scrivener — un outil d’écriture pour auteurs.
Et puis, quand Pierre, Paul, Jacques ou Belle-Maman m’interrogent sur mon projet, il a bien fallu lui trouver un nom… et apprendre à le pitcher.
Rien de pire que d’être incapable de nommer ou pitcher ton livre quand on te pose la question.
J’ai testé pour vous. C’est nul.
Un nom, même provisoire, est nécessaire.
I. Un titre reflet du worldbuilding
Les anges sont organisés en chœurs angéliques.
Quand j’ai décidé que mon univers comporterait un chœur angélique chargé du suivi des nephîlîms sur Terre, une question s’est rapidement posée : quel type de chœur angélique ?
Les Principautés sont associées à la protection des collectivités : nations, villes et même institutions. Leur action s’inscrit dans la continuité des forces spirituelles et politiques, assurant un équilibre sensible entre foi et gouvernance.
Elles sont également liées aux centres énergétiques du corps humain, les chakras, encourageant la recherche de beauté et d’harmonie dans toutes les sphères de la vie.
Le premier titre fut donc, tout naturellement :
✨ La Principauté nephîlîm
Il ne m’a pas accompagnée très longtemps. À vrai dire, il a surtout vécu pendant toute la phase de construction de l’intrigue.
Ce que j’aimais
Le titre représentait bien le worldbuilding et la mythologie angélique.
Il gardait une part de mystère.
Pourquoi je l’ai abandonné
J’ai vite réalisé que cela ne collait pas. Même si la Principauté nephîlîm est un élément important de l’histoire, le livre ne raconte pas uniquement son histoire.
Le titre faisait donc trop « worldbuilding ».
II. Un titre reflet d’un héros
Les deux titres suivants étaient davantage associés aux héros — car oui, il y en a plusieurs.
👑 L’Héritière céleste
Une fois l’arc narratif de mon héroïne, Malia, défini, un deuxième titre est apparu, plus centré sur elle : L’Héritière céleste.
Ce que j’aimais
Ce titre capture bien la nature de Malia et sa destinée.
Il traduit bien le côté fantasy de la révélation : elle est destinée à découvrir qui elle est, et son identité est liée à quelque chose de céleste.
Ce qui m’a fait hésiter
Il fait peut-être un peu trop romantasy — limite putaclic.
Mais j’ai conscience que cela peut aussi être un choix marketing assumé.
J’ai découvert les romans de K. M. Shea de cette façon, un peu par hasard — désolée, pas de traduction, il faut les lire dans la langue de Shakespeare.
Un jour de fatigue, où je cherchais un roman « dépose-cerveau », j’y ai découvert une plume riche, très drôle, et beaucoup plus de suspense que de romance.
Les titres étaient donc clairement pensés pour vendre sur Amazon, avec un positionnement romantasy assumé.
Pourquoi je l’ai abandonné
Le vrai problème, c’est qu’au départ je pensais centrer l’histoire sur Malia.
Mais j’ai très vite réalisé qu’il était tout aussi intéressant de raconter l’histoire du point de vue d’Azriel.
Les personnages m’ont raconté leur histoire.
🪽 Le Dernier Veilleur
À un moment, mon regard a basculé sur la singularité du personnage d’Azriel.
J’ai alors cherché un titre qui puisse refléter cette singularité : Le Dernier Veilleur.
Ce que j’aimais
Le titre est assez mystérieux.
Il sonne fantasy.
Il capture bien la singularité du personnage.
Cela aurait pu fonctionner si Azriel avait été le personnage central.
Ce glissement est assez révélateur de la manière dont je percevais l’équilibre des deux points de vue à ce stade.
Pourquoi je l’ai abandonné
Là encore, cela ne collait pas vraiment, justement parce qu’il était trop centré sur Azriel.
J’ai hésité, puis finalement décidé d’écrire le roman avec un double arc narratif et deux points de vue internes alternés.
Le titre était intéressant, mais il ne captait pas cette dualité. Il ratait aussi tout le reste de l’intrigue.
Car c’est là que la bascule s’est faite.
J’ai commencé ce livre persuadée que j’allais écrire une histoire d’amour.
Les personnages m’ont raconté leur histoire.
Et le thriller a pris une place que je ne pouvais plus ignorer.
III. Un titre reflet de l’intrigue
🩸 Le Sang des cieux
J’ai donc cherché un titre plus symbolique, capable d’englober ce que j’allais raconter :
le double arc narratif de Malia et Azriel ;
mais surtout tout le mystère lié à la partie thriller.
J’ai choisi :
Le Sang des cieux
Ce que j’aimais
Ce titre reflète bien la partie thriller de l’intrigue, liée à la hiérarchie céleste et aux nephîlîms.
Il capte bien le côté fantasy.
Pourquoi je l’ai abandonné
Il était tout simplement un peu trop sombre et violent.
Même si tout n’est pas rose dans les cieux — loin de là —, la violence n’est pas le message principal du roman.
Un ciel qui ressemble à un enfer vu de l’intérieur.
🌌 L’Envers du ciel
J’étais au milieu de la troisième partie quand le titre actuel — et, je l’espère, définitif — m’est venu :
L’Envers du ciel
Ce que j’aime
Prononcez-le à voix haute : cela sonne presque comme « l’enfer ».
Il dit exactement ce qu’est le roman :
Un ciel qui ressemble à un enfer vu de l’intérieur.
Il suggère ce qui est caché sans jamais le nommer.
Et surtout, il règle tout d’un coup :
le genre,
l’ambiance,
la thèse morale.
Ce qui me fait hésiter
Je ne suis pas certaine que ce titre soit idéal si je m’oriente vers une autoédition sur Amazon.
Ce n’est pas mon choix principal, donc cela tombe plutôt bien.
En revanche, il me semble probablement plus adapté à une soumission en maison d’édition.
Nommer un roman, c’est commencer à le comprendre.
✍️ Ce que ces cinq titres m’ont appris
Dans l’idéal, un titre se choisit à la fin — même si, parfois, mon cerveau me balance des idées en cours de route.
Le passage de « fantasy urbaine » à « thriller fantastique » suit exactement la même logique que le passage des premiers titres à L’Envers du ciel :
un affinement progressif vers ce qu’on a vraiment écrit.
Et peut-être aussi vers son identité d’autrice.



