Comment j’ai construit la bible de ma trilogie Fantasy dans Notion
Ou comment Claude et moi avons structuré la bible de mon univers fantasy — fiches personnages, arcs narratifs et géopolitique comprises.
Le problème : un univers qui squatte
Lors de mes derniers articles, je vous ai raconté comment j’ai utilisé Plottr pour structurer mon nouveau projet La Marcheuse de Rêve et sa trilogie.
Cette étape effectuée, tout un univers a commencé à squatter mon cerveau avec sa géographie, son histoire, ses règles magiques et ses héros. Ensuite sont venus les arcs narratifs, et leurs étapes respectives, à un grain de plus en plus fin. Nelyne est une héroïne qui vit dans un monde d’après-guerre aux accents dieselpunk.
Pourquoi dieselpunk ?
Je n'ai pas envie de Moyen Âge, je ne suis pas attirée par les machines à vapeur, trop polluantes à mon goût. Alors pourquoi pas ? J'hésite juste entre une ambiance plutôt années trente ou une ambiance plutôt post-WWII. Bref, j’ai envie de changer d’ambiance.
En plus des fichiers Plottr, de nombreuses hypothèses se trouvaient dans des fichiers épars, voire simplement dans les différentes conversations Claude.
Et puis là, un alpha-lecteur me dit : « Donne-moi tout ce que t’as sur l’univers. »
Diantre, me dis-je. Tout, ça fait beaucoup. Comment faire pour le partager d’une façon utile et efficace, et qui lui permette, cerise sur le gâteau, d’ajouter des commentaires ?
Le cahier des charges
J’avais besoin de trois choses :
Partager avec quelqu’un. Pas pour qu’on écrive à ma place — pour raconter et pour avoir un regard professionnel extérieur. Je préfère savoir que mon worldbuilding est bancal avant d’avoir écrit les 90 000 mots du tome 1.
Prendre des notes. Partout, tout le temps, sans les perdre. Et surtout centraliser une fois pour toutes ce que j’ai validé. Mes idées avaient jusqu’ici une espérance de vie d’environ douze heures. À force, je finissais par me perdre dans mes propres hypothèses.
Structurer. Parce qu’une trilogie, ce n’est pas un roman en trois fois plus long. C’est un système : des arcs qui s’étendent sur trois tomes, des promesses faites au tome 1 qu’il faudra payer au tome 3, des personnages qui doivent vieillir de façon cohérente. Sans structure, on n’écrit pas une trilogie — on écrit trois romans qui se ressemblent vaguement. Ça, je pouvais en faire une partie dans Plottr, à ceci près que Plottr n’a pas de fonction de partage.
Il me fallait donc un nouvel outil.
Et Notion surgit, tel Zorro dans la nuit
Un des comptes Substack auxquels je suis abonnée avait récemment partagé un modèle Notion. J’étais intriguée, j’ai donc décidé de le tester. Un nouvel outil pour un geek, c’est comme une nouvelle saveur de tablette de chocolat. Il faut tester.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas : imaginez un croisement entre un classeur, un wiki et un tableur, où chaque page peut contenir d’autres pages, et où une « base de données » peut s’afficher en tableau, en galerie de fiches ou en chronologie. Sur le papier, exactement ce dont je rêvais. Dans les faits, un vertige : Notion est tellement souple qu’on peut y construire n’importe quoi — y compris, et c’est le piège, n’importe quoi.
La connexion : quand l’assistant obtient les clés du classeur
Et puis j’ai découvert que Claude et Notion pouvaient se parler directement. Un connecteur officiel, quelques clics d’autorisation, et voilà mon assistant IA capable de lire et d’écrire dans mon espace de travail.
Je vous laisse mesurer ce que ça change. Avant : je brainstorme avec l’IA, je copie-colle les conclusions, je les reformate, je les range — et en général, j’abandonne à l’étape « reformate ». Après : nous discutons d’un personnage, nous tranchons ensemble ce qui fonctionne, et Claude crée ou met à jour la fiche directement dans Notion. La discussion devient la documentation. Le grenier se range pendant qu’on parle.
Claude y gagne autant que moi : nous avons notre bible de référence, et il y stocke dans un document toutes les décisions actées, pour ne plus me reposer la question ensuite. Pour ça, il est très efficace et on gagne un temps fou.
(Moment de transparence : la première fois que j’ai vu une fiche personnage apparaître toute seule dans mon espace, j’ai eu le petit frisson de l’apprentie sorcière. On s’y fait. Vite.)
La structure : ce qu’il y a dans la bible
Après quelques itérations — et quelques fausses pistes —, voici l’architecture sur laquelle nous avons atterri :
Une navigation à deux niveaux, pas plus. Une page d’accueil pour la trilogie, et en dessous les grandes sections. C’est tout. J’avais commencé avec des sous-sous-sous-pages ; on finit par s’y perdre aussi bien que dans le grenier d’origine, avec en prime l’illusion d’être organisée.
Une base Personnages, méthode Snowflake. Dix fiches à ce jour, chacune avec les champs de la méthode Snowflake : résumé en une phrase, motivation, objectif, conflit, épiphanie, arc résumé en un paragraphe. L’avantage d’une base de données sur un document Word : je peux afficher d’un coup d’œil tous les personnages dont l’épiphanie est encore vide. (Spoiler : au début, tous.)
Une base Intrigue & Arcs. Vingt-deux beats narratifs à l’échelle de la trilogie, chacun rattaché à son tome, ses personnages et son arc. C’est elle qui répond à la question angoissante du tome 2 : « Attends, elle sait déjà ça, à ce stade, ou pas encore ? »
Une base ou une page de texte ?
Je n’ai pas encore tranché. Pour certains types d’informations, pouvoir créer une base de données est très utile : on peut trier les informations, les structurer plus facilement. En revanche, la lecture est moins aisée. Claude m’a par défaut créé une base pour les personnages ; je n’ai pas encore décidé de la laisser sous cette forme, ou de la convertir en une série de pages.
Une page de synthèse trilogie. La vue d’hélicoptère : les promesses du tome 1, les paiements du tome 3, la trajectoire de chaque arc majeur. C’est la page que je relis avant chaque session de travail sur le synopsis.
Le synopsis, parlons-en : il en est à sa version 13. Treize. Chaque version affinée en confrontant le texte à la bible — c’est fou le nombre d’incohérences qu’on détecte quand les faits sont écrits noir sur blanc quelque part, au lieu de flotter dans un coin de sa tête.
Histoire du monde et géopolitique. J’y ai mis tout d’abord, le contexte géopolitique de Bréal au début du roman. L’héroïne, Nelyne, vis à Nalorne, un port de commerce de Bréal. J’y ai aussi décrit les règles magiques de base. Ensuite, pour les différents peuples guliens, phangyens et oxyliens : leur organisation sociale, leur histoire, et les forces en place au moment du roman. Il y a aussi bien évidement une base de données des lieux, ainsi qu’une première carte géographique. Elle n’est pas définitive, Oxylia est beaucoup plus éloigné que ça de Phangya et il faudra que je retravaille l’échelle. Mais elle donne déjà une bonne idée des lieux en place.
Les leçons (apprises à la dure, pour que vous n’ayez pas à le faire)
Pour les bases de données, bannissez les accents des en-têtes de colonnes. Oui, c’est un conseil absurde pour une autrice francophone. Mais entre les exports, les scripts et les allers-retours avec l’IA, un en-tête « Rôle » ou « Épiphanie » finit toujours par se venger sous forme de caractères cabalistiques. Chez moi, c’est devenu une règle gravée dans le marbre : Role, Epiphanie, et l’accent circonflexe attendra la prose.
L’IA propose, l’autrice dispose. Claude a suggéré des structures, rempli des fiches, repéré des trous dans les arcs. Mais chaque décision créative — ce que veut Nelyne, ce que cache tel personnage, la nature exacte du danger — reste la mienne. La bible est un outil de mémoire, pas une machine à écrire des romans. C’est ma ligne rouge depuis le début de cette série, et elle n’a pas bougé.
La bible n’est jamais finie, et c’est très bien. Ce n’est pas un monument qu’on inaugure, c’est un jardin qu’on entretient. Dix minutes après une session d’écriture pour mettre à jour ce qui a changé, et le tome 2 vous dira merci.
Le partage de la bible
Le partage fonctionne sans accroc. L’outil a pu être pris en main facilement et les premiers commentaires sont arrivés naturellement. Rien à dire de ce côté-là.
Les limites
J’ai vite utilisé tout le quota de documents gratuits autorisés. Passé la période d’essai, Notion a donc exigé que je paye non pas une licence, mais deux, puisque j’avais partagé le document.
Je n’y touche donc plus pour le moment. Le document ne bouge pas et, si je décide de le migrer vers un autre outil, Claude pourra le faire automatiquement.
Et vous, où vit la mémoire de vos univers ? Cahiers, classeurs, wiki, mémoire pure et foi en votre cerveau ? Racontez-moi en commentaire — les greniers des autres me fascinent.
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Autres titres possibles :
Une bible de roman dans Notion : le jour où mon univers a eu son propre appartement
Notion + Claude : la bible de trilogie qui se range toute seule (ou presque)




Bonjour,
Je viens de voir et c'est intéressant. Claude est toujours le meilleur dans ces cas là et a toujours besoin d'une base externe.
Et j'ai tester aussi avec .
Par exemple j'avais fait obsidian et copilot mais trop scolaire.
Puis notion aussi mais le soucis c'est que son contexte est limité.
Et la je fais click up brain. La dernière mise a jour change vraiment les choses.
Même principe que ce que tu fais, mais a la différence c'est que j'écris et je sort le lore de mon écriture pas l'inverse, comme ça je sais qu'il y a rien qui vient d'une ia, et je trouve pas plus organique et moins figé.
J'ai pu construire un très grand monde là.
Et bien sûr toujours avec Claude mais cette fois directement intégré dans l'outil ce qui change la donne.
C'est évident que ça change la donne d'avoir ses retours bruts.
C'est intéressant ses partages et de voir comment on construit les choses.
Et c'est intéressant parce que c'est quelque chose qui va de plus en plus être utilisé :
Des outils qui sont pas du tout fait pour des romans a la base et qui finalement s'avère vraiment utile.
Comme tu utilises Claude et notion séparément essaie de voir click up qui intègre Claude directement.
J'ai testé les deux et d'autres.
Et même avec des outils de prises de notes plus classiques.
On en revient comme j'ai dit toujours a Claude+ x . Et quand on a trouvé un qui combine les deux ..
Chatgpt va s'approprier directement notre univers et Gemini est générique.
Mais tout ça encore une fois je l'utilise pour la cohérence et la structure, sans l'écriture de mes premiers jets et manuscrits tous ses trucs ne valent rien.