Les tropes de l'Envers du Ciel
Ou quand, tel monsieur Jourdain, on découvre qu’on pratiquait les tropes sans le savoir.
Dans mon dernier article, je vous racontais comment une demande d’éditeur m’avait amenée à faire des recherches sur les tropes d’Urban Fantasy.
Quand j’ai passé L’Envers du Ciel au crible du dictionnaire des tropes, j’ai constaté que j’avais inconsciemment suivi certains schémas narratifs. Toutefois, j’ai avant tout cherché à raconter une histoire un peu différente. Dans une de ses master class, Éric Emmanuel-Schmidt racontait qu’il écrivait les livres qui lui manquaient. Cela a été un déclic pour moi. J’ai donc écrit l’histoire qui me manquait, celle que j’aurais aimé lire. Un livre d’Urban Fantasy oui, mais un livre qui parle de la recherche d’identité et doute existentiel dans un univers dystopique. En l’écrivant, j’ai découvert que ma plume se prêtait plus au jeu du Thriller. L’envers du Ciel est donc un Thriller d’Urban Fantasy, dans un univers dystopique angélique.
Pour autant, j’ai beaucoup lu de livres Fantasy et Urban Fantasy, souvent dans la langue de Shakespeare. Leur schéma narratif m’a influencé. J’ai donc parfois utilisé des tropes connus, que j’ai souvent pervertis, réinventés, adaptés à ma sauce. Voici les principaux.
🌆 Dystopian Urban Fantasy
Quand j’explique le projet à mes collègues, je leur raconte ce passage mystérieux de la genèse.
Le texte d’origine indique :
Les fils de Dieu trouvèrent que les filles des hommes leur convenaient et ils prirent pour femmes toutes celles qu’il leur plut […] Les Nephîlîms étaient sur la terre en ces jours-là (et aussi dans la suite) quand les fils de Dieu s’unissaient aux filles des hommes et qu’elles leur donnaient des enfants ; ce sont les héros du temps jadis, ces hommes fameux.
Le monde de l’envers du ciel est très similaire à celui du Paris de 2025. Toutefois c’est une dystopie, basée sur cette simple modification au texte originel :
Les fils du ciel trouvèrent que les filles des hommes leur convenaient et ils prirent pour femmes toutes celles qu’il leur plut […] Les Nephîlîms étaient sur la terre en ces jours-là (et jusqu’à aujourd’hui) quand les fils du ciel s’unissaient aux filles des hommes et qu’elles leur donnaient des enfants ; ce sont les héros du temps jadis, ces hommes fameux.
Je préfère mentionner « les fils du ciel », par respect pour le Nouveau Testament qui lui mentionne que Dieu a eu un fils unique (et pour rester cohérent aussi). Dans l’envers du ciel, les discriminations se sont développées, non pas sur la couleur de peau, mais sur l’appartenance ou non à la caste des Descendants.
Les humains, les ordinaires, sont discriminés par rapport aux Descendants des Nephîlîms. Ils sont moins payés, méprisés, payent plus d’impôts, ont moins accès au logement.
🧬 Hidden Identity / Secret Heritage — Identité secrète / Héritage secret
Malia ignore qui elle est vraiment. Non répertoriée, invisible dans les bases de données célestes — elle existe dans un angle mort. Pourquoi l’a-t-on abandonnée ? Qui avait intérêt à ce qu’elle disparaisse ? Et surtout, pourquoi ?
Son identité est un mystère et c’est le cœur du roman. Je ne vous en dirai donc pas plus.
🌿 Chosen One (reluctant) — Elue (réticente)
J’hésite avec ce trope.
Malia est clairement réticente, mais est-elle ou non une élue ? Malia n’est pas élue au sens classique du terme — personne ne lui tend une prophétie. C’est plutôt l’histoire qui la rattrape, qu’elle le veuille ou non.
Elle a toujours cru qu’elle était une Ordinaire. Qui serait assez idiot pour abandonner un Descendants de toute façon ? Scientifique, elle est une mutationniste, partisane d’une origine purement naturelle des gènes améliorés des descendants, par opposition aux divinistes, qui sont eux partisans d’une origine divine.
D’ailleurs elle ne croit pas non plus en Dieu.
Son univers et ses certitudes voleront en éclat quand elle se décidera à faire un test ADN.
👥 Found Family
Malia ne sait rien de ses parents biologiques. Elle se découvrira une famille biologique dans des circonstances dramatiques — et se construira aussi une famille de cœur : Azriel, l’ange en mission pour l’éliminer qui choisit de l’aider, et Samuel, le mystérieux journaliste.
🕊 Corrupt Government / Divine Corruption
Dans L’Envers du Ciel se trouve la principauté Nephîlîm. Elle représente un corps d’armée angélique chargé de surveiller et de ficher les descendants des nephîlîms. Et les plus puissants, jugés les plus dangereux, disparaissent parfois. Un système millénaire. Bureaucratique. Froid. Justifié au nom du Bien, mais qui sert uniquement ceux qui l’exercent. La plupart obéissent car ce sont les ordres. Mais ces ordres sont-ils justes ?
C’est le cœur du roman — et probablement ce qui en fait une fantasy sociale plutôt qu’une simple histoire de surnaturel.
La question n’est pas : « les anges sont-ils méchants » ? D’ailleurs, on découvrira au fil des pages, qu’ils ne le sont pas tous. La question est : que devient une institution quand elle privilégie l’ordre à la compassion ? Quand elle oublie les individus au profit du système ?
⚖️ Morally Gray Characters
Il y en a plusieurs dans le roman, mais parlons d’Azriel.
Azriel est un exécuteur. Il a éliminé des centaines de descendants de Nephîlîm, considérés comme dangereux. Il obéissait à un système, à des ordres, à une logique qu’on lui avait enseignée comme étant juste.
Et pourtant, quand il croise la route de Malia, il doute. Et ce sera le début de sa rédemption.
🔥 Slow Burn Romance
La romance dans L’Envers du Ciel n’est pas immédiate. Elle est lente, tendue, structurellement impossible.
Un ange chargé d’éliminer une femme… mais qui tombe amoureux d’elle.
Ce n’est pas une romance sucrée. C’est une fracture morale. Chaque pas vers l’autre est un pas contre ce qu’il est censé être.
Aller plus loin Quand un éditeur demande les tropes de mon roman

