Il y a quelques mois, j’ai écrit une scène sans vraiment savoir si j’en ferais une histoire plus longue.
Je commençais à écrire.
Je cherchais encore pourquoi.
Une femme marche dans une ville occupée.
Des soldats ennemis arrivent en face.
Le trottoir est trop étroit pour se croiser.
Quelqu’un devra céder le passage.
Elle a peur.
Mais elle ne descend pas.
Elle serra les dents et se redressa, le dos tendu, les épaules en arrière, la tête bien droite. Elle fixa un point loin derrière les deux importuns, feignant de les ignorer.
Son cœur s’accéléra.
Les soldats ennemis n’étaient plus qu’à quelques pas. Leur teint blafard ne laissait aucun doute sur leur nature de vampire.
L’angoisse l’étouffait. Elle raidit tous les muscles de son visage pour ne rien montrer et continua sa route.
Les deux hommes, maintenant à trois pas, descendirent sans un mot du trottoir pour la croiser, remontant aussitôt qu’ils l’avaient dépassée.
Cette scène, ma grand-mère me l’a racontée des dizaines de fois quand j’étais enfant.
Elle était infirmière à l’hôpital de Nantes pendant la Seconde Guerre mondiale.
Elle refusait systématiquement de descendre du trottoir devant les soldats allemands.
Cinquante ans plus tard, la peur était encore là dans sa voix.
Mais elle savourait toujours cette petite victoire.
Je ne sais pas si j’aurais eu ce courage-là.
Mais elle, elle l’a eu.
Ce n’était pas un acte spectaculaire.
Pas une révolte.
Pas une prise de position publique.
Juste quelques pas.
Mais pour elle, c’était essentiel.
Des résistances discrètes, il y en a eu beaucoup.
Elles méritent probablement, elles aussi, leurs héroïnes.
Je crois que c’est pour ça que cette scène m’est venue.
Parce que certaines histoires ne disparaissent pas.
Elles se transforment.
Dans les récits, on parle souvent des grandes résistances.
Des batailles.
Des héros.
Mais la résistance commence rarement là.
Elle commence dans des gestes minuscules :
Ne pas baisser les yeux
Ne pas reculer
Ne pas céder
Et parfois… cacher.
Discrètement.
Sans bruit.
Mais efficacement.
Aujourd’hui, je comprends mieux ce que j’essaie d’écrire.
Des histoires de résistance à l’oppression.
Des histoires de dilemmes moraux.
Des histoires où trop de certitudes masquent de profondes erreurs.
Peut-être que la fantasy peut servir à ça.
À raconter, autrement, ces gestes invisibles
qui tiennent le monde debout.
À raconter ces choix quotidiens
qui peuvent faire de nous des héros…
ou des monstres.
Je partagerai la suite de cette histoire très bientôt.

