M.G. Duvernois
Mondes imaginaires — Des fictions pour s'évader du quotidien
Un peu de magie dans le quotidien
0:00
-7:36

Un peu de magie dans le quotidien

Une courte fiction de printemps, entre cuisine, lune rose et merveilleux discret.

Bonjour à tous,
Aujourd’hui je vous partage une histoire courte sur un thème simple : ajouter de la magie dans le quotidien.

On ne va pas parler de sauver le monde, de grande prophétie, ou d’une bataille céleste.

Juste… d’un peu de magie inattendue, au détour d’un matin banal.
Bonne lecture.

La journée avait commencé comme une autre, doucement banale, et étrangement réconfortante.

Je m’étais réveillée aux gazouillis des oiseaux, qui célébraient ce premier jour de printemps.

Mon dos endolori me rappelait que je n’avais plus vingt ans. Je m’étirai doucement, côté droit, côté gauche, lombaires, réactivant un corps prompt à s’ankyloser.

Mes chaussons furent rapidement enfilés et je descendis les escaliers, tentant, sans succès, de faire preuve de discrétion.

Arrivée dans la cuisine, je commençai ma routine matinale : j’attrapai le filtre à café, mis du café, remplis l’eau, puis je lançai la cafetière.

— Je n’ai rien oublié, cette fois-ci, murmurai-je pour moi-même.

Je me dirigeai vers la droite de l’évier, où habituellement trônait le pain sur le plan de travail.

Ce jour-là, déception ! La planche en bois était nue, posée sur le granit noir. Quelques miettes, mais pas de pain.

Je tournai la tête vers la fenêtre et ne vis qu’un volet fermé. Je m’empressai de corriger cela et pris quelques instants pour observer le ciel.

La lune était magnifique, plus basse que d’habitude et étrangement rosée. Une étoile brillait encore à son côté.

Je me pris à penser à des pancakes, moelleux, savoureux. Une pile entière, même.

— Pas grave, pensai-je.

Quand on aime cuisiner, ce genre de détail n’est pas un problème. J’ouvris le placard et saisis le pot de farine et la bouteille d’huile.

— Merde ! Il n’y a plus d’œufs…

Il n’y avait plus de lait non plus, d’ailleurs. Je soupirai et sortis pour aller en chercher dans la réserve, au garage. Je remplacerai l’œuf manquant par de l’huile, mais ce ne serait pas aussi savoureux.

En remontant les escaliers, une odeur discrète s’infiltra dans mes narines. Je la reconnus immédiatement. Elle n’aurait pas dû être là

J’avançai plus lentement, passai la tête dans l’embrasure. Mes sourcils montèrent jusqu’à la racine de mes cheveux, tandis que ma mâchoire se relâchait.

Là, sur la table, trônait une assiette pleine de pancakes, protégée par une cloche en métal au grillage très fin. Je me grattai le front, réfléchissant à ce que je voyais.

— Mais d’où ça vient ?

Je montai rapidement vérifier : tout le monde dormait.

Je descendis contrôler la porte d’entrée. Elle était fermée à double tour. Personne n’avait pu entrer. Et puis, qui fracturerait une porte pour poser une pile de pancakes sur la table ?

Je retournai dans la cuisine et observai la lune, qui semblait rire de moi depuis là-haut.

Mon estomac choisit ce moment pour gronder. Je haussai les épaules.

D’où venait ce cadeau ? Je n’en savais rien, mais je n’allais pas le bouder.

Je sortis le pot de confiture framboise cassis fait maison du frigo. Puis, j’attrapai une assiette à dessert dans le buffet et je me mis à table.

La première bouchée me fit soupirer de satisfaction.

C’étaient les meilleurs pancakes que j’aie jamais mangés.

Ma tête pivota vers la fenêtre.

— Merci à celui qui m’a offert ça.

Un éclat de rire me répondit, comme un millier de clochettes sonnant toutes en même temps.

Je me figeai. Mon cœur s’accéléra. Ma respiration se fit plus courte.

— Je t’en prie, me répondit une voix rieuse.

Je tournai la tête de droite à gauche sans rien voir. Puis, je levai les yeux au plafond. Rien non plus de ce côté là.

— Qui es-tu ? demandai-je.

— Regarde mieux, me répondit la voix cristalline.

Je me tournai enfin vers la porte vitrée qui donnait sur le jardin.

Là, sur la terrasse, nous avions planté un bac de fleurs. Elles étaient sorties de terre plus tôt que d’habitude cette année et, parmi les boutons, une fleur avait ouvert de magnifiques pétales blancs, presque nacrés.

Elle semblait danser, comme pour me narguer. J’aurais presque juré percevoir un sourire en son centre, distinguer des bras dans les feuilles élancées qui s’échappaient de sa tige.

Je sortis pour vérifier, un pancake à la main. Je ne m’étais pas trompée. Un visage souriant me dévisageait, amusé, ses bras verts me faisant signe d’approcher.

Ce n’était pas une fleur. A moins d’accepter que les fleurs sourient avec un regard malicieux, bien sûr. Une fée, peut-être ?

L’être mystérieux planta ses yeux dans les miens.

— J’ai entendu ton souhait sous la lune de sang, et j’ai voulu l’exaucer. Mais tu es le premier humain qui me remercie.

Je me penchai pour me trouver à sa hauteur.

— « Demandez et vous recevrez. » Mais je pense qu’il est important de remercier quand on a reçu — même si on ignore de qui.

— Tu as raison, c’est important, me confirma-t-il.

Je le saluai respectueusement et repartis dans la cuisine.

***

Je m’arrêtai sur le pas de la porte, surprise. Je ne me rappelais plus ce que j’étais allée faire au jardin. Une pile de pancakes trônait sur la table. Pourtant, je ne reconnaissais pas la cloche qui les protégeait. J’avais même oublié de les avoir cuisinés. Tout le monde dormait. Mon cerveau fatigué me jouait certainement des tours. Qui d’autre que moi aurait pu les préparer ?

Je m’assis plus rapidement que d’habitude. Quelque chose semblait différent… mais quoi ? Je me sentais différente, comme si quelque chose s’était allégé en moi.

C’est alors que je constatai que je n’avais plus mal. Mon dos ne criait plus à chaque mouvement, mon genou ne menaçait plus de se bloquer. Comme si mon corps avait retrouvé subitement sa jeunesse.

Je me sentais plus légère, mon corps plus alerte, mon esprit plus joyeux.

Quelle belle façon de commencer le printemps, pensai-je.

Je levai les yeux vers la lune qui m’observait, songeuse.

— Merci. Qui que tu sois.

Un étrange tintement de clochettes, à peine perceptible, me répondit.


Et vous ?

Si vous deviez imaginer un matin avec un brin de magie… quel serait-il ?
N’hésitez pas à répondre en commentaire… ou dans un article dédié sur le même thème !

Discussion à propos de cet épisode

Avatar de User

Tout à fait prêt. Qu'avez-vous pour moi ?