Plottr — Explorer les structures de la Fantasy
Entre identité cachée, quête, pouvoir et secret enfoui, j’ai tenté de trouver la structure qui correspondait à mes projets de roman.
La semaine dernière, je vous partageais ma découverte de Plottr. Cette semaine, je continue mon exploration de Plottr avec le Fantasy Roadmap Pack.
Après avoir découvert le logiciel Plottr, plusieurs questions se sont vite posées. J’ai essayé de structurer l’intrigue de mon nouveau roman.
Par la suite, j’ai envisagé la possibilité d’analyser le roman en version bêta pour améliorer et clarifier son fil conducteur.
Après avoir commencé par la méthode Snowflake et avoir rencontré le concept de Beat, j’ai exploré quelques-uns des modèles de base, mais aucun ne semblait correspondre à mes projets en cours. J’hésitais à la façon de paramétrer la vue chronologique : devais-je mettre l’intrigue principale et secondaire, ou une ligne par personnage ?
Bref, je pataugeais.
Et là, ô joie, ô bonheur, je reçois un email m’annonçant la sortir d’un nouveau pack de modèle Fantasy.
Après avoir lu des dizaines de romans de fantasy, l’auteur en a déduit sept archétypes, qu’il a traduits sous forme de modèle Plottr.
Il faut saluer l’extraordinaire culture littéraire de l’auteur, qui a fait ça sans IA. Cela représente un travail d’analyse et de structuration impressionnant.
J’ai toujours pensé au potentiel pédagogique, au-delà de la structuration de mes romans.
Deux minutes plus tard, j’en étais l’heureuse propriétaire
J’ai été un peu déstabilisée au départ par la nécessité d’importer chacun d’eux comme projet, au lieu d’une reconnaissance comme modèle. Je vous détaille ça à la fin de l’article.
Pourquoi est-ce un problème me direz-vou ? Et bien, contrairement aux modèles, qui affichent un résumé du contenu quand on clique dessus, les projets n’ont aucune description ni aucun résumé. Il faut donc une bonne mémoire pour s’y retrouver.
Aperçu du Fantasy Roadmap pack
Ce pack fantasy contient des intrigues adaptées aux questions dramatiques les plus courantes dans les différents sous-genres. On ne parle pas ici de structure classique en trois actes.
La vue chronologie (Timeline) contient des nœuds de l’intrigue (beat) personnalisés avec des intrigues et sous-intrigues types pour chaque modèle, ainsi que des archétypes de personnages, des des archétypes de lieux et des notes pour vous apprendre à l’utiliser.
Je vous les détaille ci-dessous, avec des références littéraires, pour la plupart proposées par l’éditeur. J’ai utilisé Claude et ChatGpt, pour identifier les traductions françaises et les auteurs.
1. The Mask (Trust Fantasy) — « Qui suis-je vraiment ? »
Dans ce modèle, le héros joue un faux rôle : prince caché, agent double, fugitif sous fausse identité. Une « ligne de Performance » suit l’intégrité du masque scène par scène.
Le modèle peut s’appliquer à plusieurs sous-genre, dont la romantasy, pour lequel il mentionne plusieurs références : Un palais d’épines et de roses (Sarah J. Maas, Bragelonne), Fourth Wing (Rebecca Yarros, Hugo Roman), De sang et de cendres (Jennifer L. Armentrout).
Le modèle s’applique aussi aux récits d’assassins tombant amoureux de leur cible, aux intrigues d’infiltration, aux intrigues de cour avec identité cachée ou aux récits de pactes avec les faes.
Différents types d’identités sont abordées : identités choisies, identités imposées ou encore identités héritées.
Je me demande si L’assassin royal de Robin Hobb ne rentrerait pas dans cette catégorie . Il faut que je le relise, ça date un peu étant donné que je l’avais lu grosso modo à sa sortie en France. Soit l’année de la première coupe du monde de football gagnée par les Français, 1998.
2. The Rules (Fantasy à système) — « Quel est le prix de la magie ? »
Le système magique est l’histoire : règles explicites, échelle de progression, coûts assumés (progression fantasy, cultivation, hard magic, litRPG).
Références : les romans de Brandon Sanderson (Fils-des-brumes, Les Archives de Roshar, Le Livre d’Or), et côté progression/litRPG, des œuvres surtout disponibles en anglais (Cradle, Mother of Learning).
Je ne comprenais pas les références, même une fois traduite. J’ai donc demandé une analyse critique à ChatGPT.
Ces références appartiennent surtout à un pan très dynamique de la fantasy anglophone contemporaine, encore moins identifié en France : la progression fantasy. Dans ces récits, le plaisir de lecture vient en grande partie de la montée en puissance du personnage, de l’apprentissage progressif de la magie, des compétences ou des règles du monde. Mother of Learning et Mage Errant relèvent de cette logique d’apprentissage structuré ; Dungeon Crawler Carl, He Who Fights With Monsters ou The Wandering Inn s’inscrivent plutôt dans la LitRPG, où les codes du jeu vidéo — niveaux, quêtes, compétences — deviennent des éléments narratifs. Cradle et A Will Eternal viennent de la tradition dite cultivation ou xianxia, inspirée des récits chinois d’ascension spirituelle et martiale. Beware of Chicken en propose une variation plus douce et humoristique, proche de la cozy fantasy. Enfin, la mention « Sanderson-style » renvoie à Brandon Sanderson et à ses systèmes de magie très codifiés, où les règles du merveilleux sont presque aussi importantes que l’intrigue elle-même.
C’est beaucoup plus clair. Bonne résolution de l’été : lire du Brandon Sanderson cet été.
3. The Mission (Fantasy de la quête) — « Quel est le prix de la route ? »
Un groupe voyage vers un objectif ; la géographie elle-même est l’antagoniste. Mécaniques de lien entre compagnons et beat de « Fracture ».
Les références sont issues de la documentation de l’éditeur.
Références : Le Seigneur des Anneaux (Tolkien, Christian Bourgois), La Roue du Temps (Robert Jordan, Bragelonne), Le Sorceleur / The Witcher (Sapkowski, Bragelonne), Le Comte de Monte-Cristo (Dumas) pour l’arc de vengeance.
Bon là, on est dans le grand classique de la fantasy. J’ai été intrigué de voir apparaitre le compte de Monte-Cristo. Le modèle peut donc s’appliquer au delà de la fantasy.
4. The Throne (Fantasy politique) — « Qui devrait détenir le pouvoir ? »
Intrigues de cour, guerres de succession, rébellions. Comprend une « carte des factions » et une ligne d’« Information » suivant ce que chaque joueur sait.
Références : Le Trône de fer (George R.R. Martin, Pygmalion), La Guerre du pavot (R.F. Kuang, De Saxus).
Tout le monde connait Le Trone de Fer de George R.R. Martin. J’ai commencé à le lire, car je soupçonnes que la structuration de l’intrigue dans le livre est sensiblement différente.
5. The Fresh Start (Renaissance / Portal) — « Puis-je devenir quelqu’un d’autre ici ? »
Le protagoniste débarque dans un monde ou un rôle inconnu et doit y survivre ; son ancien moi est l’obstacle.
Références : Les Chroniques de Narnia (C.S. Lewis, Gallimard), Stardust (Neil Gaiman, J’ai lu), Le Nom du vent (Patrick Rothfuss, Bragelonne) pour l’arrivée à l’école de magie.
J’ai lu plusieurs Neil Gaiman, mais pas Stardust. Je l’ajoute dans la liste de livres à livre.
6. The Job (Le casse) — « L’équipe va-t-elle réussir ? »
Une équipe de spécialistes monte une opération (casse, infiltration, sabotage). Mécanique du « Vrai Plan » caché derrière le « Plan Visible ».
Références : Les Mensonges de Locke Lamora (Scott Lynch, Bragelonne), Six of Crows (Leigh Bardugo, Milan/Pocket Jeunesse).
J’ai lu deux romantasy sur ce schéma, mais je n’en suis pas fan. Les références littéraires proposées ne me parlent pas. À lire donc quand j’aurais le temps, ce n’est pas ma priorité.
7. The Secret (Le secret enfoui) — « Combien de temps la vérité tiendra-t-elle ? »
Le protagoniste détient, découvre ou incarne une vérité cachée dont la révélation bouleverserait le monde. Ligne dédiée aux « Forces de Containment » et mécanique du « faux secret ».
Références : Terremer (Ursula K. Le Guin, Le Livre de Poche), Fils-des-brumes (Sanderson) pour la vérité cachée du monde, La Cinquième Saison (N.K. Jemisin, J’ai lu).
Ah, on retrouve un Sanderson, qui était mentionné dans un autre modèle. On dirait que je vais lire plusieurs Sanderson cet été.
Pour ceux qui seraient intéressés, consultez la documentation du pack Fantasy Roadmap.
Pour consulter les modèels en français, relire l’astuce dans le premier article de la série.
Et mon nouveau roman dans tout ça ?
The Fresh Start (Renaissance / Portal) aurait pu convenir à un projet que j’avais imaginé il y a un an. Victoria se retrouvait dans un monde inconnu après avoir rencontré une salamandre magique qui crachait une lumière bleue. Elle se réveillait dans une forêt magnifique où les bananes étaient bleues et avaient le goût de la glace à la vanille. Ne riez pas. Ça existe vraiment ! les bananes bleues, pas les salamandres magiques.
Je soupçonnais que le modèle The Secret (Le secret enfoui) correspondait à l’histoire de l’envers du ciel, mon premier roman en cours de bêta lecture. Pourrais-je le paramétrer dans plottr ? Y-avait-il un moyen pour accélérer le processus ?
Quant à mon nouveau projet, j’ai imaginé un monde complet avec une géopolitique complexe. Toutefois, je n’avais pas envisagé de l’écrire sous l’angle uniquement politique. Sinon, le modèle The Throne (Fantasy politique) aurait pu convenir.
Je me suis donc vue fort ennuyée. En effet, aucun modèle ne semblait correspondre parfaitement. Devais-je changer de projet ? Reprendre l’histoire de Victoria ?
Et puis je me suis rappelé une remarque faite lors d’une séance de brainstorming avec une IA :
En réalité, tu es en train d’écrire un thriller dans un monde fantasy.
Bon sang, mais c’est bien sûr.
La semaine prochaine, je vous raconte mon exploration du Thriller Roadmap Pack.
En attendant, n’hésitez pas à compléter les références littéraires en commentaire !



