Et si mon roman de fantasy était un thriller ?
Quand j'ai compris que mon roman fantasy fonctionnait comme un thriller politique.
Après vous avoir partagé ma découverte de Plottr, puis son Fantasy Roadmap Pack, je continue cette série avec un autre pack : le Thriller Roadmap Pack.
Pourquoi un pack Thriller, alors que j’écris de la fantasy ?
Très bonne question.
Tout a commencé un beau matin, vers 7 h. Le soleil du Nord rougeoyait dans un ciel sans nuage. Les oiseaux gazouillaient. Le chien étalait sa fourrure noire sur le carrelage, à la recherche d’un peu de fraîcheur.
Et moi, je me morfondais.
J’avais passé en revue les structures d’intrigue proposées dans le Fantasy Roadmap Pack de Plottr. Pourtant, aucune ne me parlait vraiment pour mon nouveau projet.
Peut-être étais-je partie dans une mauvaise direction ?
Et puis, entre deux gorgées de café, mon cerveau s’est remis en marche. Je me suis rappelé le commentaire d’un modèle d’IA lors d’une séance de brainstorming :
En réalité, tu es en train d’écrire un thriller dans un monde fantasy.
Après tout, pourquoi pas ?
Certains auteurs écrivent bien des romans policiers dans des mondes de fantasy. Pourquoi ne pas écrire un thriller dans un monde fantasy ?
Je me suis tournée vers le chien, toute fière de ma trouvaille.
— Si je veux une intrigue solide, je dois étudier comment structurer un thriller. Forcément.
— Grrmfff.
Oui, elle m’a répondu. Par politesse, probablement. Ou alors, c’était pour me dire : « Tais-toi, j’essaie de dormir. »
Quelques minutes plus tard — je peux être une acheteuse compulsive — me voilà l’heureuse détentrice du Thriller Roadmap Pack de Plottr.
Que contient le Thriller Roadmap Pack ?
Comme pour le pack Fantasy, on y retrouve plusieurs modèles d’intrigue, avec pour chacun :
une structure narrative découpée en beats et en lignes (les fameuses « lanes » : des fils que l’on suit en parallèle scène après scène) ;
des archétypes de personnages ;
des archétypes de lieux ;
des notes de worldbuilding ;
une question dramatique centrale.
La spécificité du Thriller pack, ce sont justement ces lignes : à côté de la trame principale, chaque modèle ajoute un fil dédié à son moteur (la conspiration, la technologie, la mission, la tromperie…) que l’on suit comme un personnage à part entière.
Plottr ne propose aucune référence littéraire pour les modèles de ce pack. J’ai donc demandé à Claude d’en identifier quelques-unes, afin d’aider à situer le type d’histoire. Ces références ne sont pas garanties exactes : n’hésitez pas à les corriger ou à en ajouter d’autres en commentaire. J’en ai d’ailleurs profité pour en glisser quelques-unes dans ma liste de lecture de l’été.
1. Psychological/Domestic Thriller — Thriller psychologique / domestique
Question centrale : « Qu’est-ce qui est réel ? »
La menace vient de l’intérieur : le foyer, la relation, la perception du protagoniste. Ce modèle convient aux récits de gaslighting, aux narrateurs non fiables et aux dangers domestiques. C’est le modèle qui compte le plus de lignes du pack, avec notamment une ligne de Réalité et une ligne de Cadre narratif qui suivent, scène par scène, ce que le lecteur peut croire.
Références possibles : Les Apparences de Gillian Flynn, La Fille du train de Paula Hawkins, La Patiente silencieuse d’Alex Michaelides.
2. Techno/Cyber Thriller — Thriller technologique
Question centrale : « Que peut faire cette technologie ? »
Ici, la technologie devient menace, arme ou énigme : intelligence artificielle, cyberguerre, biotech, surveillance. Une ligne de Système suit le dispositif technique comme s’il s’agissait d’un personnage, jusqu’au moment où il menace d’échapper à ses créateurs.
Références possibles : Le Réseau Daemon de Daniel Suarez, Forteresse digitale de Dan Brown, Le Cercle de Dave Eggers.
3. Political/Conspiracy Thriller — Thriller politique / complot
Question centrale : « Jusqu’où ça descend ? »
La conspiration se dévoile par couches successives. Le protagoniste croit comprendre la situation, puis découvre une strate plus profonde, puis une autre encore. Une ligne de Conspiration organise cette révélation sur trois niveaux : les Opérateurs (ceux qui exécutent), les Architectes (ceux qui conçoivent) et l’Apex (celui ou celle qui tire vraiment les fils). Le modèle intègre aussi un beat de Renversement de confiance et fait de l’espoir une exigence structurelle, pour que le récit ne sombre pas dans le pur cynisme.
Références possibles : Les Hommes du président de Carl Bernstein et Bob Woodward, La Firme de John Grisham, L’Affaire Pélican de John Grisham.

4. Military Thriller — Thriller militaire
Question centrale : « Quel est le coût de la mission ? »
La mission semble claire au départ, mais le plan se dégrade au contact du réel. Une ligne de Mission suit précisément cette dégradation. Le modèle distingue aussi le fossé de renseignement honnête (on ne savait pas) du fossé délibéré (on nous a menti), ce qui change tout le sens de l’échec.
Références possibles : À la poursuite d’Octobre rouge de Tom Clancy, American Sniper de Chris Kyle, Les Chiens de guerre de Frederick Forsyth.
5. Action/Chase Thriller — Thriller d’action / poursuite
Question centrale : « Où cela mène-t-il ensuite ? »
Le protagoniste court de lieu en lieu, souvent avec un compte à rebours et un objet ou une information à retrouver avant l’adversaire. Une ligne de MacGuffin et une double horloge (un compte à rebours global + un compte à rebours personnel) rythment chaque changement de décor. Le pack pousse même une logique de « fusil de Tchekhov » : une compétence posée dans la scène d’ouverture doit sauver le protagoniste dans le lieu final.
Références possibles : Da Vinci Code de Dan Brown, la saga Pendergast de Preston & Child, Sahara de Clive Cussler.
6. Professional (Legal/Medical) Thriller — Thriller professionnel (juridique / médical)
Question centrale : « Qui décide, et à quel prix ? »
Le protagoniste découvre une faille au cœur d’une institution. Son expertise est à la fois son arme et son piège. Un même modèle couvre trois modes — juridique, médical et médico-légal — autour d’une ligne d’Affaire. Il prévoit aussi un faux adversaire (un leurre interne à l’institution) et une convergence domestique, lorsque la menace professionnelle finit par déborder dans la vie privée du protagoniste.
Références possibles : La Firme de John Grisham, Présumé innocent de Scott Turow, les thrillers médicaux de Robin Cook.
7. Spy/Espionage Thriller — Thriller d’espionnage
Question centrale : « Qui ment, et pourquoi ? »
Le protagoniste évolue dans un monde où mentir est un métier. Une ligne de Tromperie suit qui sait quoi et qui ment à qui. Le modèle intègre le Retournement (un point milieu où l’opération se révèle compromise) et le Double jeu, où le protagoniste mène sa propre contre-opération à travers plusieurs couches de mensonge.
Références possibles : La Taupe de John le Carré, L’Espion qui venait du froid de John le Carré, le cycle Gabriel Allon de Daniel Silva.
8. Crime Thriller — Thriller criminel
Question centrale : « Jusqu’où iras-tu ? »
Le protagoniste est pris dans le monde criminel : il commet des crimes, en gère les conséquences ou tente d’en sortir. Une ligne de Rue et une ligne de Pression (la loi qui se rapproche) créent une tension à trois directions : la loi, la hiérarchie criminelle et l’érosion de sa propre morale. Le modèle propose même un point milieu flexible : soit une trahison littérale, soit un changement de paradigme (la réalité du « métier » était un mensonge depuis le début).
Références possibles : Le Parrain de Mario Puzo, American Psycho de Bret Easton Ellis, Shantaram de Gregory David Roberts.
Et mon roman dans tout ça ?
Mon nouveau projet s’appelle pour l’instant La marcheuse de rêve.
Le point de départ était simple : une jeune fille peut voyager à travers plusieurs réalités grâce à ses rêves.
Cette idée vient d’une expérience personnelle. Avant que mon apnée du sommeil soit diagnostiquée, je faisais parfois des rêves étranges. Certains donnaient moins l’impression de rêver que de visiter un autre monde.
À partir de là, j’ai développé l’idée :
les rêves sont peut-être des événements venus d’une autre réalité ;
l’héroïne peut voir les rêves des autres ;
mal utilisé, ce don peut permettre d’imposer un rêve à quelqu’un ;
ce pouvoir peut être amplifié par des cristaux.
On est dans le même univers que ma série Anna, mais vingt ou trente ans plus tard. Anna a recueilli et élevé l’héroïne, Nelyne, officiellement trouvée dans la rue. En tout cas, c’est l’histoire qu’elle a toujours racontée.
J’avais aussi envie de m’inspirer de la géopolitique d’après-guerre. Je suis donc partie sur un univers fantasy dieselpunk, dans lequel le royaume de Bréal lutte pour conserver sa souveraineté.
À la fin de la grande guerre, les dragons oxyliens sont restés « protéger » Bréal. Le général Brallis, héros de guerre bréallien et seul homme capable d’unifier la nation, est mourant, dit-on. Le conseil hésite : faut-il accepter l’annexion définitive par l’empire oxylien, au nom de la sécurité ?
Les gryphons, eux, voient d’un mauvais œil leur ancien allié se faire avaler par les dragons. Si Bréal tombe, les frontières oxyliennes arriveront à leur porte.
Et puis Nelyne découvre un souvenir dans le rêve d’Anna.
Un souvenir qui contredit l’histoire officielle.
Ce n’est pas le seul grain de sable.
Est-ce qu’elle devient folle ? Ou les rêves de la population sont-ils manipulés ? Par qui ? Pourquoi ? Pourquoi les personnes qui retrouvent leur véritable rêve sont-elles si tristes ? Et pourquoi, soudain, un commandant dragon semble-t-il s’intéresser à elle ?
Dans La marcheuse de rêve, Nelyne doit apprendre à contrôler son don pour découvrir qui manipule les rêves de la population, et dans quel but.
Bref : des enjeux politiques, une mémoire trafiquée, une vérité enfouie, une puissance étrangère trop protectrice pour être honnête.
Je n’étais peut-être pas en train de chercher une structure de fantasy.
J’étais peut-être en train de chercher une structure de thriller politique.
Le modèle qui s’est imposé
Dans le Thriller Roadmap Pack, le modèle qui s’est imposé assez vite est donc le Political/Conspiracy Thriller.
Sa question centrale — « Jusqu’où ça descend ? » — correspond exactement au moteur de mon intrigue.
Nelyne ne cherche pas seulement à comprendre son passé. Elle découvre peu à peu que ce passé est lié à une manipulation collective. Le problème n’est pas seulement intime. Il est politique.
Et c’est là que la structure devient intéressante.
Une intrigue de complot ne repose pas uniquement sur une révélation finale. Elle fonctionne par strates, et la ligne de Conspiration du modèle donne un nom à chacune :
ce que le protagoniste croit au départ ;
ce qu’il découvre — le niveau des Opérateurs, ceux qui exécutent ;
ce que cette découverte cache encore — le niveau des Architectes, ceux qui conçoivent ;
qui tire vraiment les fils — l’Apex ;
pourquoi tout cela a été mis en place.
Pour mon roman, cela m’aide à clarifier la progression :
d’abord, Nelyne découvre que son histoire personnelle ne tient pas ;
ensuite, elle comprend que les rêves de plusieurs personnes ont été modifiés ;
puis elle soupçonne une manipulation plus large ;
enfin, elle découvre que cette manipulation sert un projet politique.
La structure ne remplace pas l’histoire. Elle ne décide pas à ma place. Mais elle m’aide à poser les bonnes questions.
Et surtout, elle me permet de vérifier que l’intrigue avance bien d’une révélation à l’autre, au lieu de s’éparpiller dans tous les sens.
Ce que j’en retiens
Cette exploration m’a rappelé une chose importante : le genre apparent d’un roman n’est pas toujours son moteur narratif.
Un roman peut avoir :
un décor de fantasy ;
des créatures magiques ;
des rêves prophétiques ;
des dragons et des gryphons ;
tout en fonctionnant, au fond, comme un thriller politique.
Et c’est peut-être exactement ce que j’écris.
La semaine prochaine, je vous montrerai comment j’ai essayé d’utiliser Claude avec Plottr : peut-on faire lire ou produire un fichier Plottr à une IA ?
Spoiler : oui, c’est possible.
Mais ce n’est pas magique pour autant.


